Soustraitance nucléaire les salariés subissent 80 des irradiations reçues en centrales

first_imgSous-traitance nucléaire : les salariés subissent 80% des irradiations reçues en centralesSelon une enquête menée par l’AFP, 30.000 hommes, en France, travaillent pour des sous-traitants de l’atome et sont victimes de 80% des irradiations reçues dans les centrales au cours des opérations de maintenance qu’ils effectuent.C’est un rapport accablant que vient tout juste de dévoiler l’AFP qui s’est elle-même chargée de l’enquête. Selon l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), entre 27.000 et 32.000 employés travaillent dans la sous-traitance nucléaire à des postes tels qu’électriciens, robinetiers ou décontamineurs. Parmi eux, 10.000 sont en déplacement perpétuel, passant d’une des 19 centrales du territoire à une autre pour assurer leur maintenance, indique la CGT.Mais au cours de ces opérations, les employés absorberaient à eux seuls 80% des irradiations reçues dans les 19 centrales françaises, selon Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Or, si les doses maximales admissibles, en France, sont de un millisievert (mSv) par an pour la population et de 20 mSv pour les travailleurs du nucléaire (et 50 mSv avant 2003), des doses supérieures ne donnent aucunement droit à prendre un départ à la retraite anticipé, expliquent ces salariés. “C’est abominable. Il faut toujours aller vite, prendre des doses infernales. Si vous n’êtes pas content, c’est la porte”, raconte Christian Verronneau, qui, à 57 ans, est atteint d’un cancer reconnu d’origine professionnelle par la Sécurité sociale après 30 ans de sous-traitance dans le nucléaire. Son cas est exceptionnel car, habituellement, les salariés sont mal suivis médicalement et leur maladie n’est presque jamais attribuée à leur travail. Les contaminations ne sont pas reconnues comme telles par les employeurs, explique la CGT.Faire reconnaitre les maladies en accident du travail M. Verronneau, en arrêt maladie depuis 2009 après avoir parcouru 70.000 kilomètres par an pour décontaminer les centrales, a lancé en octobre 2010 une procédure en faute inexcusable contre son employeur Endel, a précisé à l’AFP son avocat, Me Jean-Paul Teissonnière. “Quand j’ai dit à mon employeur que je voulais déclarer ma contamination comme accident du travail, il m’a rigolé au nez”, raconte de son côté Dominique Sanson, un soudeur de 53 ans, lui aussi employé chez Endel et contaminé en 2007.Après une toute première condamnation en juin contre un sous-traitant, le tribunal de Rouen doit décider la semaine prochaine si cette contamination est ou non un accident du travail. Une question épineuse car tous les salariés ne reçoivent pas des doses aussi fortes que Christian Verronneau. En effet, tous les postes n’exigent pas de porter la tenue spéciale gonflée d’air dite “Mururoa”. Pourtant, “les effets des faibles doses ne sont pas anodins”, précise Mme Thébaud-Mony, auteur d’un livre sur la sous-traitance nucléaire.À lire aussiLe pied d’éléphant, cette effrayante masse radioactive cachée dans les entrailles de Tchernobyl”Un travailleur soumis annuellement à la dose maximale admissible a dix fois plus de risque, à l’issue de sa carrière, de développer un cancer qu’un travailleur soumis au seuil maximum d’amiante”, ajoute Michel Lallier, membre CGT du Haut comité pour l’information sur le nucléaire (HCTISN).Plus de 10 employeurs en une carrière Or, les employés contaminés sont contraints de changer d’employeurs plusieurs fois au cours de leur carrière pour répondre aux différents appels d’offres. Comme l’explique José Andrade, un ex-employé nomade aujourd’hui délégué CGT à la centrale de Cruas, “les entreprises n’ont pas les moyens de conserver le personnel lorsqu’elles perdent le marché”. Il n’a ainsi eu pas moins de dix employeurs en 30 ans de carrière. Résultat : “si je déclare un cancer dans dix ans, je vais aller voir les dix entreprises que j’ai faites. Sur les dix, y en a huit qui ont disparu. Je ne pourrai pas demander gain de cause”, dit Claude Dubout, 48 ans, auteur de “Je suis décontamineur dans le nucléaire”.Autre gros problème, les conditions dans lesquelles vivent les employés. Au fil des employeurs, les salaires peinent à monter, indique TV5monde. Et beaucoup de “ces travailleurs aussi invisibles que leurs doses” comme le dit M. Dubout, semblent plus préoccupés par la nécessité de “gratter” sur les frais de déplacement, que par leur “dose”, justement. “Nous on est quatre dans la voiture et trois dans le mobil-home pour deux”, explique Valentin, 31 ans, installé sur le site peu attrayant de Siouville, pour une mission à Flamanville. Selon plusieurs témoignages, certains dorment même dans leur voiture.Le 26 septembre 2011 à 15:19 • Maxime Lambertlast_img